Pré-électorale 2019 : Désenfumage politique (4) 💨

S’armer contre l’enfumage

Lorsque l’on rencontre des élu.e.s politiques, leur objectif est de ne pas perdre la face, de gagner des voix, de montrer qu’ils ou elles ne sont pas ignorant.e.s en la matière... bref, leur but n’est pas de discuter en toute honnêteté. Il faut donc s’armer pour ne pas se laisser enfumer. Voici les réponses que l’on propose aux arguments souvent entendus.

"Forest et St Gilles ne sont plus tenables"

Rénovations possibles

Tout d’abord, la prison de Saint-Gilles a été rénovée avant 2012. Ces rénovations ont permis d’améliorer les conditions de détentions, une mise aux normes de sécurité ainsi qu’une augmentation de la capacité de détention. La rénovation est possible concernant Saint-Gilles.
Concernant la prison de Forest, s’il est vrai que l’état de l’institut pénitentiaire est vraiment vétuste, aucun plan de rénovation n’a été commandé par l’Etat ni même étudié par quiconque. Les politicien.ne.s prétendant la rénovation de Forest impossible ne font part que de leur avis subjectif, non-professionnel.

Il existe des alternatives.

Prétendre le lien prisons vétustes-construction d’une nouvelle prison comme un lien de cause à effet est un mensonge, ou au mieux de la naïveté. En 2019, le Tribunal de Première Instance de Bruxelles déclarait, « l’Etat belge n’établit pas avoir pris les mesures nécessaires pour pallier une situation intolérable dont il a connaissance depuis trop longtemps." , alors que l’Etat belge défendait la méga-prison comme un moyen pour résoudre le problème de la surpopulation, étroitement lié aux conditions de détentions.

Les conditions de détentions ne justifient en rien la construction de la méga-prison. Il existe des alternatives.

La première alternative que nous prônons est qu’il est possible de réduire l’utilisation de ces deux prisons bruxelloises. Il n’est pas indispensable de garder ces deux prisons actives, il n’est pas nécessaire de garder tous les détenus incarcérés. En d’autres termes, il est possible de réduire la population incarcérée. D’une part, les prisons de Saint-Gilles et de Forest sont des maisons d’arrêt, c’est à dire destinées aux personnes qui n’ont pas été encore condamnées, en détention préventive [1]. Il est possible et même impératif de réduire le recours à la détention préventive paradoxale à la présomption d’innocence. D’autre part, la peine de prison n’a pas de sens pour une majorité de détenu.e.s. En 2012, les directeurs de prisons estimaient à 2% la population considérée comme dangereuse dans les prisons belges.
Pour les autres alternatives à la construction de la Maxi-Prison, nous renvoyons aux préconisations de avocats.be

Une prison high-tech n’améliore pas les conditions de détention.

Une prison asseptisée, ultra-technologique, sous contrat public-privé offrira des conditions hygiéniques meilleurs mais la vie n’est fait que d’hygiène. Les détenu.e.s que nous rencontrons craignent la disparition des contacts humains (avec autres détenu.e.s et même matons) instaurés par l’automatisation de toutes les portes. Nous n’avons pas eu accès précisément aux plans. Mais les dernières prisons high-tech instaurent généralement l’ouverture de porte à l’aide de caméra (où le détenu attend qu’on lui ouvre, sans contact, sans idée du délai d’attente), le contrôle extrême des couloirs et déplacements (histoire d’éviter que des détenu.e.s se croisent), le remplacement des barreaux par des vitres de plexiglas (plus moyen se sentier l’air frais du bout des doigts). Aussi, il faut rappeler que les trous dans les murs permettent quelques passages de paroles, de discussions ou autre matériel. En 2012, un directeur de prison nous confiait "ces choses-là, c’est ce qui permet aux détenu.e.s de tenir, on ne veut pas leur retirer ces moyens de survie" [2]

Se servir de l’argument humanitaire pour construire une prison high-tech, c’est malhonnête.

"Il faut des alternatives, mais en attendant, il faut bien des prisons"

Pour laisser de la place aux alternatives, il faut diminuer ou supprimer les prisons. La logique selon laquelle, c’est la naissance d’alternatives qui vont faire disparaitre des prisons est totalement fausse.

Les prisons n’existent pas parce qu’il manque d’alternative

D’abord, les alternatives existent déjà en Belgique. En termes de cadre juridique, notons principalement la médiation pénale depuis les années 90, la peine de probation autonome, la peine de travail depuis la dernière loi Pot Pourri (même si ces dernières gardent une peine de prison subsidiaire de référence). Ces cadres juridiques s’exécutent à travers des formations socio-éducatives, travaux d’intérêts généraux et suivis psycho-sociaux. Ce n’est pas l’absence d’alternative qui peut justifier le maintien du système carcéral.

La disparition des prisons permet les alternatives, pas l’inverse

Ensuite, ce n’est pas non plus la naissance d’alternative qui permettent de se passer du système carcéral. Les pays où des prisons ont été fermées ont simplement fait un choix politique, c’est aussi simple que ça. Concernant notre pays voisin, les Pays-Bas, contrairement aux rumeurs, ce n’est pas de "bons plans de réinsertions" ou l’existence d’alternatives qui ont amener à la fermeture des prisons. A l’origine, il s’agit en réalité d’un choix politique, principalement financier. [3]

En résumé, il faut donc fermer des prisons pour donner naissance aux réelles alternatives, pas l’inverse. "Réelles" dans le sens où, si nous maintenons les prisons et les alternatives en parallèle, ces dernières seront des alternatives au classement sans suite, pas à l’emprisonnement, et participeront à l’extension du filet pénal.

"C’est pas moi, c’est le fédéral"

Chaque niveau de pouvoir se renvoie la balle. Pourtant, chaque niveau de pouvoir a ses responsabilités. Qui dit responsabilité dit levier d’action.

Certes, le fédéral est à l’origine de nombreux aspects dans ce dossier : conseil des ministres pour le Masterplan, SPF Justice en tant que contractant, la Régie des bâtiments en tant que Maitre d’ouvrage et le parlement en tant qu’organe de contrôle.

Par contre, la Région Bruxelles-Capitale, niveau régional a été responsable du permis d’environnement délivré à travers Bruxelles-Environnement et du permis d’urbanisme par Urban.brussels. Pas de permis, pas de construction comme le disait Gilles Vanden Burre le /05/2019.

En ce qui concerne le niveau communal, d’une part, ce niveau de pouvoir était libre de décider de ne pas faire intervenir ses forces polices pour servir un intérêt d’entreprises privées. Surtout lorsque ces dernières agissent dans une logique de fait accompli à l’égard du conseil d’Etat. D’autre part, nombre d’aspects n’ont pas été clarifiés dans la construction de la Maxi-Prison de Haren dont la responsabilité reste communale : mobilité, plan d’évacuation des 1500 personnes, plan d’intervention des pompiers, bilan carbone pour le quartier de Haren.

Pour chaque niveau de pouvoir, il existe une majorité et une opposition. Chacune des deux parties peut intervenir en interpellant ou en faisant des propositions ou sein du parlement fédéral, du parlement régional ou du conseil communal.

Il existait et existe des leviers d’action pour chaque niveau de pouvoir. L’élu.e politique qui vous prétend ne rien pouvoir faire, vous ment.

"Punir plus sévèrement les récidives"

Cet objectif, revendiqué par la majorité des partis et principalement par les Listes Desthexe, le MR et la NVA est insensé. Il est également utilisé pour justifier le système carcéral en place ou en vue de l’augmenter.

Ne pas faire d’un cas particulier une règle générale

Comprenons l’origine d’abord. Souvent, ces propos apparaissent dans un contexte d’actualité de faits divers, comme cela l’a été à nouveau avec l’affaire de la jeune Van Espen à Anvers. Disons-le une fois pour toute : il s’agit de communications qui présente la situation de manière simplifiée, pour ensuite proposer une solution caricaturale et gagner des voix. En vérité, les politicien.ne.s veulent bâtir des règles générales sur des cas particuliers. Cette logique-là maintient le système carcéral, il faut s’en débarrasser.

Le côté sévère n’est pas dissuasif et ne diminue pas la récidive

La logique selon laquelle punir plus sévèrement dissuade les gens de récidiver ou d’autres personnes de transgresser est totalement faux. Dans les pays scandinaves, le nombre de détenu.e.s a diminué sans induire une augmentation de la criminalité [4]. Dans les pays où s’applique la peine de mort, il n’y a pas moins de criminalité [5]. Le sens de la peine de prison est remise en question par des détenu.e.s, des chercheurs et chercheuses, des tribunaux. La peine de prison entraine un taux de récidive de 57% [6]. Lorsqu’un.e élu.e politique vous dit avoir la volonté de punir plus sévérement la récidive, il désire infliger davantage d’années d’incarcération (ou la la réintroduction de la peine de mort ?) aux récidivistes. Les exemples précités montre qu’augmenter les années d’enfermement n’empêche personne de récidiver.

"Un village pénitentiaire aux petites unités"

Il arrive que des élu.e.s politiques défendent qu’il ne s’agit pas d’une Maxi-Prison de 1200 personnes mais bien d’un village pénitentiaire constitué de petites unités. C’est une stratégie communicationnelle.

Le nom de Méga-Prison a été donné par l’Etat belge lui-même. Voyant les réactions vives et critiques, celui-ci a changé de vocabulaire et a décidé d’insister sur l’aspect de "petites unités". Cependant, ces dernières années, le nombre de personnes que comprenaient ces petites unités a continuellement évolué, passant de 20 à 30 puis 40. Indiquant ainsi, l’absence de plans concrets concernant une gestion en petites unités.
Ensuite, il n’existe aucun indicateur objectif permettant d’analyser et de mettre à l’épreuve une certaine "gestion pénitentiaire humaine". En effet, on ne prouve pas le caractère "humain" d’une gestion par des chiffres, dans une communication à la va-vite encore moins, mais par un plan précis.

PNG