🔨 Brève 🔨 déconstruction des préjugés carcéraux

Alors si tu veux abolir les prisons et le système pénal, tu proposes quoi concrètement et maintenant ?

Il existe beaucoup d’alternatives à la prison mais au lieu de les utiliser comme telles, elles sont souvent utilisées en plus, plutôt pour les cas où l’on aurait eu recours à l’amende ou à la relaxe avant. La prison reste la peine de référence malgré le fait que les alternatives montrent un taux de récidive bien plus bas. La première chose à faire serait de n’utiliser le recours à la peine de prison qu’en dernier recours et de privilégier les alternatives.

Pour les alternatives à la peine, il n’existe chez nous (c’est toujours ça, mais c’est largement insuffisant) que :

  • les travaux d’intérêt généraux où le condamné volontaire effectuera entre des heures de travail non-rémunéré au sein de la communauté (asbl, chantier public, etc),
  • le sursis avec mise à l’épreuve et la contrainte pénale qui posent des contraintes à la personne concernée et s’il ne les respecte pas, il va en prison,
  • les aménagements de peine pour les personnes condamnées à des petites peines ou pour celles en fin de peine. Il s’agit du bracelet électronique qui place la prison au domicile de la personne, de la libération conditionnelle et du placement à l’extérieur qui est la participation de l’ex-détenu à un projet social souvent au sein d’une asbl qui le réinsérera dans la société.

C’est un choix politique d’investir dans les alternatives et pas dans la construction de nouvelles prisons en PPP qui encouragent la privation de liberté pour plus de rentabilité et de dispositifs sécuritaires comme c’est le cas en Belgique. La Hollande a suivi le chemin inverse et a fermé 19 prisons depuis 2003.

Toutes ces alternatives restent tout de même dans une logique de sanction. Comme le dit Gisèle Halimi, avocate féministe des années 70 [1] : « Il reste donc la question cruciale de vraies alternatives, au-delà du port du bracelet électronique ou de peines de travail : une justice réparatrice et transformatrice plutôt qu’uniquement punitive, orientée vers une véritable réinsertion plutôt que vers l’enfermement. Une position difficile à défendre dans notre époque où les mentalités comme les discours politiques deviennent de plus en plus sécuritaires, mais qui mériterait d’être creusée. »

La justice réparatrice nous semble être la manière la plus intelligente de « faire justice ». Wikipédia développe : « La justice réparatrice envisage le crime plus comme un acte contre une personne ou une communauté que contre l’État. La victime y joue un rôle majeur et peut y bénéficier de la part de l’auteur de certaines formes de réparation. La justice réparatrice prend différentes formes mais tous les systèmes ont quelques aspects en commun. Dans les crimes, les victimes ont l’occasion d’exprimer l’impact détaillé de l’acte criminel sur leur vie, de recevoir des réponses aux questions qui les hantent sur les faits et de participer à la mise en responsabilité du criminel pour ses faits et gestes. Les criminels peuvent raconter l’histoire du pourquoi du crime et quel effet il a eu sur leur vie. »

« La seule véritable alternative serait de construire une société qui n’ait pas besoin de prisons.
Une redistribution honnête du pouvoir et des richesses pour éteindre le feu caché de l’envie qui embrase tous les crimes liés à la possession (qu’il s’agisse des vols commis par les pauvres ou des détournements de fonds perpétrés par les riches) et
un sens profond de la communauté capable de soutenir, de réintégrer et de réhabiliter tous ceux qui se sentent soudain envahis par la rage ou le désespoir, et de les regarder non pas comme des objets - des "criminels" - mais comme des individus ayant enfreint la loi, comme c’est le cas de la plupart d’entre nous. » [2]

« Plutôt que d’imaginer une seule alternative possible au système punitif actuel, nous pourrions réfléchir à un faisceau de dispositifs exigeant une transformation radicale de nombreux aspects de notre société. Les solutions qui éludent la question du racisme, du machisme, de l’homophobie, des préjugés liés à la classe sociale et d’autres structures de domination ne permettront pas, au final, d’aller vers un désengorgement des prisons et ne feront nullement avancer le programme abolitionniste. » [3]

autres sources :

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Notes

[1Gisèle Halimi citée lors du colloque « Des nouvelles prisons... et après ? » organisé par le CRPsd de l’ULB, Inter Environnement Bruxelles, le Centre l’Action Laïque, Bruxelles Laïque, l’Observatoire international des Prisons et la Ligue des Droits de l’Homme voir l’article "EN FINIR AVEC LES PRISONS ?" de l’asbl Garance [en ligne] http://www.garance.be/spip.php?article811

[2Arthur Waskow, Institute for Policy Studies en 1972 [en ligne] https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1507#nb128

[3Angela Yvonne Davis, ARE PRISONS OBSOLETE, traduit en français aux Ed. Au diable vauvert, mars 2014 | 1ère édition 2003, Open Media series editor (Canada) [en ligne] https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1507